1535°
Luxembourg, Differdange
Entretien avec Tania Brugnoni
TANIA BRUGNONI
Avec sa formation de conservateur-restaurateur d’art sa fonction au service culturel de la ville de Differdange, Tania Brugnoni est aujourd’hui directrice du centre créatif 1535° à Differdange et présente depuis les prémisses du projet.
ORIGINE DU BATIMENT
A l’origine, ce bâtiment, construit dans les années 1960, faisait partie du complexe d’Arcelor Mittal. Ainsi, ces 16 000m², divisés en trois bâtiments gardent des traces de leurs anciennes fonctionnalités.
Bâtiment A : menuiserie, vestiaires, dépôt.
Bâtiment B : dépôt de matériel pour les hauts fourneaux.
Bâtiment C : bâtiment des électriciens et autres corps de métiers.
Le choix d’une intervention minimaliste pour conserver les éléments du patrimoine industriel a été fait. Ainsi, l’aspect principal concerne la mise aux normes par rapport à la reconversion et le renouvellement des réseaux. La ville de Differdange joue donc la carte de l’intégration. Les architectes ont maintenu les séparations préexistantes et y ont superposé un cloisonnement pour les ateliers des résidents, allant de 35m² à 180m² par atelier, avec un loyer de 6euros/m² hors charges.
La ville a payé 900 000 euros pour les 30 années de bail, en plus des frais de rénovation s’élevant à 6 millions d’euros. Sans recherche de résultat économique, l’amortissement est néanmoins prévu sur une vingtaine d’années.
La prochaine grande étape est l’achèvement du Bâtiment A, début 2015, ce qui correspondra à 6500m² fonctionnels, avec une quarantaine d’espaces de création, une brasserie pour l’ouverture au public, un studio photo louable à la journée, un espace de co-working et des espaces polyvalents pour les locataires pour les réunions et workshops.
FONCTIONNEMENT
La ville a travaillé sur son image et a essayé de se réinventer en tant que ville sidérurgique. Elle a proposé des ateliers d’artistes dans des maisons et greniers de la ville (15 espaces en 2007). Ce projet a eu un grand succès et un impact national par rapport à la demande qu’il y avait. La ville a donc commencé à sonder les possibilités sur un plan européen en prenant l’exemple de pépinières et d’incubateurs. Une étude de marché pour le Luxembourg et la Grande Région a ensuite été réalisée concernant les Industries Culturelles et Créatives, pour réaliser que la ville pouvait se positionner nationalement et inter-régionalement. Puis vient la grande opportunité de prendre ces bâtiments d’Arcelor en location sur 30 ans.
La gouvernance de la structure passe par une structure communale, un collège échevinal qui prend les décisions, un bourgmestre responsable de la zone et un comité de pilotage pour le choix des locataires et les décisions pratiques du chantier et du projet. L’administration présente sur place est composée d’une petite équipe, dont Mme Brugnoni en tant que directrice, un collaborateur à mi-temps et un ingénieur technicien entre le bureau d’architecte et le projet même pour coordonner le chantier. C’est donc une très petite équipe vu l’envergure du chantier.
L’ouverture au public est déjà en route et des visites guidées sont déjà possibles. Une attention particulière a été donnée à la publication du concept. Par ailleurs, le site n’avait jamais été accessible au public, alors même que la structure est attenante à leur jardin. Il reste des barrières psychologiques du fait de l’ancien interdit d’entrée et de l’inaccessibilité. D’où l’idée d’une brasserie pour solliciter l’échange entre les créateurs et les habitants. Mais le grand impact de l’ouverture au public est prévu pour l’année prochaine, lorsque tout le bâtiment sera visitable et accessible, grâce à une remise aux normes accomplie.
RESIDENTS
Avant de diffuser l’information, des critères de sélection ont été fixés : les candidats doivent envoyer un dossier avec leur projet en cours car la structure ne cherche pas de start-up et veut des résidents ayant déjà un minimum d’expérience. Ce doit également être des indépendants ou des structures professionnelles, faisant partie des Industries Culturelles et Créatives. La candidature doit donc posséder un caractère innovant et un aspect de création d’emploi. Par ailleurs, le comité de pilotage cherche une certaine variété au sein des sous-secteurs des ICC pour varier les corps de métier les compétences.
Il y a environ 140 dossiers pour une quarantaine d’espace dans le bâtiment A par exemple et la structure reçoit des demandes tous les jours. Le choix est donc grand dans le nombre, dans la qualité et dans la diversité.
Il n’existe pas encore de statistiques au sein de la structure tout comme il n’existe pas encore de statistiques au Luxembourg concernant les Industries Culturelles et Créatives, mais la structure identifie environ 80% d’hommes et 75% de Luxembourgeois, la majorité des demandes provenant du secteur des agences de communication et des photographes. Le siège social du journal luxembourgeois L'Essentiel est d'ailleurs installé à 1535°.
Aucune demande de résultat n’est imposée de la part de la direction. L’important est la présence journalière du résident qui doit y avoir son atelier ou bureau. La production se fait donc sans jugement et sans commande. Pour l’avenir la structure veut créer un bureau d’accompagnement et d’aide pour les artistes, afin de gérer les démarches administratives.
ANALYSE SYNTHETIQUE
La principale force est le caractère innovant du projet et la structure atypique créant une ambiance de travail originale, avec des hauteurs de plafond assez incroyables.
GRANDE REGION
Au sein de cette Grande Région très vaste, la structure a déjà travaillé en collaboration avec les services culturels en Allemagne et a visité des autres structures de coworking en France par exemple. Des contacts plus personnels ou plus locaux sont déjà mis à contribution, par exemple pour la journée de l’innovation le 3 juillet dernier, avec notamment le centre de recherches publiques Henri Tudor.
Un des grands projets pour le futur est d’établir des collaborations, des échanges et une mise en réseau avec des structures dans la Grande Région. 1535° envisage donc complètement une collaboration grand-régionale et au-delà.
Un exemple de cette ouverture concerne leur futur espace de coworking, qui sera inséré dans un réseau international, le « Talent garden », existant en Italie, Suisse et aux USA.
La créativité et l’économie sont des parties intégrantes, il suffit de voir les PIB des pays ayant déjà des statistiques sur leurs Industries Culturelles et Créatives. A l’exemple des « Informations Technologies », il est impossible de faire la différence entre ce qui est strictement technologique et ce qui est strictement créatif.
Écoutez l'interview avec Tania Brugnoni (le 21 août 2014) ci-dessous.
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Tania Brugnoni 61.54 Mo
www.1535.lu





