TCRM-Blida
Lorraine, Metz
Entretien avec Nicolas D'Ascenzio
NICOLAS D’ASCENZIO
Aujourd’hui directeur du centre TCRM-Blida pour la ville de Metz, Nicolas D’Ascenzio était auparavant présent dans le milieu associatif musical et éditorial. Ayant participé au pilotage de l’événement « Nuit Blanche Metz » depuis 6 ans avec l’équipe qui est aujourd’hui en charge de Blida, il est présent depuis les prémisses du projet. La « Nuit Blanche Metz » est un événement d’art contemporain et de création contemporaine dans la ville, un soir par an, qui a commencé en 2008 suite à un changement de municipalité.
ORIGINE DU BATIMENT
Le bâtiment est l’ancien centre d’exploitation du réseau de bus de la ville, ouvert dans les années 1980, où les bus étaient stockés, réparés, entretenus.
La totalité des espaces intérieurs et extérieurs représentent 30 000m² en centre-ville de Metz. La zone n’a pas de statut urbain particulier excepté son statut de zone partiellement inondable. L’Agence d’Urbanisme d’Agglomérations de Moselle (AGURAM) a fait une étude sur l’urbanisation de la zone et du site qui appartient à Metz Métropole. Malgré les anciennes activités du site, il a été diagnostiqué non pollué.
La structure est découpée en 10 espaces ayant chacun des caractéristiques propres : « La Grande Serre » (ancien espace de réparation des bus avec notamment le fablab), l’espace « Administration », « La Cabine », « La Capsule » (un espace de répétition et de tournage avec une scène), « L’Académie des Petits », l’espace « Résident 1 », l’espace « Résident 2 », l’espace « Organ Skateboards », « La Racine » (avec lun potager, l’espace coworking et un studio media pour la radio) et « Le Magasin » (avec des matériaux en tous genres).
FONCTIONNEMENT
C’est la ville de Metz qui a initié ce projet. TCRM-Blida est l’acronyme de « Transports en Commun du Réseau de Metz Métropole », situé Avenue de Blida et cet acronyme a été repris pour « Toutes les Cultures en Réseau à Metz ». De nombreux collectifs étaient présents à Metz depuis une dizaine d’année mais un en particulier avait lancé une réflexion sur l’idée que Metz était équipée en lieux de diffusion mais pas en lieux de création. Comme ce lieu était vide et sans vocation immédiate, la question de l’espace était résolue, tandis que l’équation financière a consisté à prendre le budget affecté à la Nuit Blanche pour le reporter sur ce lieu.
La dernière « Nuit Blanche Metz » s’est donc déroulée en partie dans ce lieu et 60 000 personnes sont venues sur deux jours avec une programmation concentrée sur la musique et les arts visuels. En avançant et en s’éloignant de la Nuit Blanche à proprement dite, d’autres sujets émergent comme l’évolution et les politiques numériques des villes avec les dispositifs « fablab » et « coworking » qui émergent partout. A Metz, un projet de « fablab » et d’espace « coworking » se sont rendus visible à travers des associations, il y a un an de cela. Le centre TCRM-Blida leur fait alors la proposition de venir s’installer et travailler ici aux côtés des artistes. L’intuition de travailler dans les Industries Culturelles et Créatives est donc lancée à partir de ce moment, pour ne pas s’arrêter à la vision d’un centre d’hébergement des artistes, mais aller jusqu’à un projet de catalyseur de résidences artistiques et de décryptage et mise en place d’un écosystème des industries créatives de la ville. Ensuite d’autres échelles se sont ajoutées au projet, comme la candidature de « French-tech » dont Blida est un bâtiment totem, avec l’arrivée de 22 associations, dans le champ des arts plastiques ou visuels. L’enseignement artistique est également un aspect important puisqu’une école d’art pour enfant est portée par l’Etat.
L’équipe est composée de quatre personnes et de tous les services de la ville de Metz, ce qui a permis un développement très rapide du projet. Deux choix s’offraient au départ, soit un mode de gestion déléguée, par une association, une entreprise ou un mode de régie indirecte en embauchant du personnel, soit ce qui a été choisi, c'est-à-dire une régie directe de la ville de Metz avec l’appui de tous les services. Or vu l’état du bâtiment et le besoin de travaux, tous les services sont sollicités pour les interventions quotidiennes sur le site. Cela apporte un grand confort au quotidien, notamment pour la sécurité et la mise aux normes.
La question de la diffusion est la question actuelle importante. Il n’est pas hors de question que Blida ne devienne pas un espace de diffusion à temps complet, avec une salle de spectacle dans le lieu et donc des travaux de conformité encore importants, concernant les sorties de secours et les sanitaires notamment. Blida n’est pas encore Etablissement pouvant Recevoir du Public (ERP) donc à chaque ouverture au public, le dossier à remplir est très important. Cependant, le diagnostic a été effectué et le début des travaux a été amorcé très rapidement. Ils seront près au début du printemps prochain afin d’accueillir un premier gros événement, pour lequel tout sera conforme, à savoir le festival de théâtre « Passages », anciennement installé sur la place de la République à Metz. En attendant des ouvertures ponctuelles seront faites.
RESIDENTS
Pour le choix du fonctionnement, les artistes remplissent un formulaire sur internet pour présenter leur projet et la commission interne approuve ou non. Tandis que pour les associations, c’est souvent le centre Blida lui-même qui a contacté des associations repérées au préalable. Les résidences peuvent aller de 1 jour à 6 mois, et l’offre est très ouverte. L’équation est compliquée car la structure accueille différent niveau d’expériences, des amateurs aux professionnels. La structure est conventionnée avec le Centre Pompidou et avec des écoles d’art pour permettre des échanges internes et pour que l’outil Blida ne soit pas uniquement accessible aux artistes du territoire mais aussi aux grands équipements culturels. Le lieu met à disposition des outils tels qu’un studio photo, une cabine avec des outils variés ou encore une « matériauthèque » avec des matériaux récupérés ou donnés par des entreprises ou particuliers.
Le parti pris pour les associations et artistes a été de dire qu’aucun loyer ne serait demandé, à part pour les associations internet. La contrepartie est morale. La structure privilégie les projets qui ont une finalité pour le territoire et l’aide apportée par Blida doit les accompagner à développer ce projet là. Le lieu ne doit pas être « bunkerisé » donc l’idée est qu’un maximum de projets éclot en ville et en région. En termes de présence il n’y a pas d’obligation, mais les résidents viennent généralement le soir après leur travail alimentaire, ou en fonction de leur planning événementiel.
Le pli du numérique est pris et l’observation des activités en Grande Région le confirme, comme à Differdange où des activités numériques se développent. La petite originalité arrivée par hasard est celle des jeux vidéo, pas encore identifiée en Grande Région et où la France est pionnière. Cette industrie corresond aujourd'hui au secteur culturel le plus rentable et les revues spécialisées commencent à la décrire comme le dixième art, c'est-à-dire une pratique artistique à part entière. Le hasard fait que le 1er doctorant de jeux vidéo, le 1er maître de conférences de jeux vidéo et le 1er laboratoire de jeux vidéo sont messins. Le laboratoire de recherche de l’Université de Lorraine ouvre donc son bureau à Blida avec des doctorants et chercheurs qui travailleront sur les thématiques de la sociologie et des sentiments dans les jeux vidéo. Ce sera donc un axe de développement, avec à ses côtés l’économie numérique plus globalement, le fablab, le coworking et l’économie collaborative.
Il n’existe pas de statistiques mais une infographie. En tout, 30 résidents ont travaillé à Blida sur les 6 premiers mois depuis l’ouverture. Le ressenti est la majorité d’hommes en projets numériques, face à une majorité de femmes occupant la salle des arts vivants. Il y a eu 6 productions majeures et l’ICC la plus représentée est clairement le secteur numérique. Les deux projets porteurs de Blida sont en effet le coworking et le fablab avec des logiciels pour faciliter les transports en commun en région, boite d’imprimante 3D ou suivi du recyclage. Beaucoup d’acteurs travaillent informatiquement car c’est évidemment plus simple que d’avoir un atelier personnel. On peut encore citer l’exemple de deux sociétés de jeux vidéo installées à Blida, qui produisent des jeux vidéo pour Microsoft.
Il n’existe pas de formation à proprement parlé, mais des cycles de conférence et d’ateliers ouverts aux artistes et aux habitants. Cependant, les artistes peuvent aussi demander un accompagnement à la diffusion par exemple, ou pour les devis et les facturations. Il n’y a pas de pépinière d’entreprises, mais c’est un projet potentiel, d’employer un professionnel, juridique notamment, pour cette orientation, qui n’est pas encore officielle.
ANALYSE SYNTHETIQUE
Les plus grandes forces sont indéniablement la superficie et la proximité vis-à-vis du centre ville. Malgré la barrière psychologique causée par la Boulevard Paixans, Blida est situé à 7 minutes à pieds du centre-ville. C’est un gros avantage par rapport à des friches plus industrielles ou des tiers-lieux excentrés. Au niveau de la superficie, seul 30% du lieu est actuellement utilisé donc il reste un potentiel très important et il reste 70 bureaux non utilisés. Finalement il est assez sain en qualité, par rapport à d’autres friches car la structure a été récupérée le mois suivant l’arrêt des activités de TCRM, alors que les friches industrielles sont souvent laissées à l’abandon pendant longtemps.
GRANDE REGION
Nicolas d’Ascenzio connait bien la Grande Région mais pour le moment la mise en réseau s’est faite uniquement avec des structures de diffusion artistique, telles que le Casino à Luxembourg, le MUDAM ou le réseau « Quattropole ». Ce travail s’est pour le moment basé sur des réseaux de la ville et des réseaux de la Nuit Blanche. Il encourage donc des mises en réseaux des tiers-lieux des ICC.
Écoutez l'interview ci-dessous (jeudi 11 septembre 2014).
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Tcrm-Blida 61.86 Mo
tcrm-blida.com





