Rockerill
Wallonie, Charleroi
Entretien avec Michael Sacchi et Jean-Christophe Gobbe
MICHAEL SACCHI
Michael Sacchi a fondé son collectif « Les Têtes de l’art » au début des années 2000, afin d’investir des lieux industriels laissés à l’abandon. En découvrant ce bâtiment des « Forges de la Providence », il a décidé de créer une a.s.b.l. pour pouvoir acheter et gérer cet espace à mi-temps. En une dizaine d’année, ce lieu est entre autres devenu un label, un lieu de concert, un lieu de résidence et un lieu d’exposition.
JEAN-CHRISTOPHE GOBBE
Jean-Christophe Gobbe est organisateur d’événements depuis 2000. En 2007, il rejoint Michael pour créer l’a.s.b.l. Rockerill production, marque de nombreux concerts, soirées, résidences artistiques, ateliers, stages et expositions. Il y travaille également à mi-temps.
ORIGINE DU BATIMENT
Les Forges de la Providence se sont développées dans les années 1830 et ont participé à la notoriété de la région. Le bâtiment en l’état date de 1920, après les reconstructions dues à la guerre, tandis que la fermeture est entamée en 1973 avec la crise de Kippour et achevée dans les années 1980 après les restructurations et absorptions de la société Cockerill (du nom du célèbre ingénieur anglais). La ville de Charleroi a ensuite loué le bâtiment pour le musée de l’industrie pendant dix ans, avant de transférer ses bureaux, laissant ce bâtiment à l'abandon.
En 2005, au cours d’une de leurs virées, le collectif des « Têtes de l’art » vient récupérer ce lieu pour y développer des vernissages, concerts et festivals. Le collectif y installe une salle de concert et transforme les forges en coopérative d’utilité sociale avec des activités artistiques, des concerts électroniques et rock, des ateliers, un label. Nés dans ce milieu industriel, Jean-Christophe Gobbe et Michael Sacchi ont connu le charbonnage et son déclin. Le lieu était donc tout trouvé pour développer leurs activités dans un cadre atypique.
Des travaux conséquents sont encore en prévision et les gros travaux de conformité commencent seulement pour ces 11 000m² d'espaces disponibles (4 000m² d'entrepôts et 7 000m² d'espaces exterieurs). La structure étant située en zone SEVESO (législation) et zone d’activité économique. Outre les difficultés financières, des difficultés importantes sont dues à l'obtention des permis d’exploitation. Cependant, les changements de plan de secteur sont déjà en cours pour réhabiliter l'image de la porte Ouest de Charleroi.
FONCTIONNEMENT
Rockerill est soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et par la ville de Charleroi, à hauteur de 60 000 euros de subsides par an, pour payer, entre autres, leurs deux mi-temps et quelques frais fixes. C’est la rentabilité de leurs événements qui leur permet de continuer à développer leur structure et ils ne peuvent donc pas se permettre de faire d’événements à pertes. Par ailleurs, Rockerill appartient au réseau « Club Plasma », un réseau de salles de concerts de taille moyenne en Wallonie.
Environ 70 événements par an ont lieu dans cet espace et l’affluence a été d’environ 25 000 personnes cette année. La fréquentation évolue très vite grâce à leur programmation éclectique et toujours adaptée au lieu. Mais les premières ouvertures au public étaient des festivals et des concerts qui attiraient le public carolo et un public de voyageurs et d’amateurs de musique punk. Par la suite, l’offre s’est structurée et diversifiée vers le jazz, le blues, l’électro house avec Globule, mais aussi des festivals socioculturels et des expositions plus pointues.
Ils ont également ouvert leurs horizons avec des « apéros industriels » tous les jeudis. Le Flesch Factory Festival, festival de musique, art et performances se déroulant tous les deux ans dans leurs locaux, a également accueilli un large public étranger.
Plus aucun public spécifique n’est ciblé. Seul le type de soirée est spécialisé donc le public vient pour la découverte et la convivialité. Très souvent, des photographes et cinéastes viennent également pour exploiter l’image atypique du lieu.
RESIDENTS
Dans leur contrat de programme, ils souhaitaient faire entre 4 et 5 résidences par an, mais pour le moment ce sont surtout des réseaux d’artistes très proches qui sont concernés. Ils ont beaucoup de demandes, mais leur mi-temps ne leur permet pas de s’y concentrer pour le moment. L’événementiel constitue en effet leur moyen de survivre et ils concentrent leurs effort sur cet aspect. Pour l’avenir, ils veulent développer ces résidences. L’isolation thermique encore trop faible de la structure est également à prendre en compte pour la limitation des résidences. Ouvrir des ateliers à temps plein est donc impossible pour le moment. Cependant ils font des expositions et ont un atelier de sérigraphie et une chambre noire pour les photographes.
Rockerill organise également des stages de forge pour les enfants, mais cela génère beaucoup de pressions concernant les normes de sécurité et certificats de conformité, dictant des travaux d’aménagements importants, sans bénéfice à court terme.
ANALYSE SYNTHETIQUE
Avec une programmation très éclectique, Rockerill constitue aujourd'hui un espace très attractif et offrant une grande liberté de création à la périphérie de Charleroi et l’équilibre entre le maintien du patrimoine industriel et la sécurité est leur priorité.
GRANDE REGION
Ils n’ont pas encore eu l’occasion de travailler avec d’autres structures de la Grande Région, mais seraient évidemment intéressés par des partenariats à cette échelle.
Écoutez l'interview ci-dessous (le 28 août 2014).
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J-C Gobbe et M Sacchi 57.23 Mo
rockerill.com





